Comme on est en pleine affaire Bruel, je ne vais pas dire la culpabilité ou non de Bruel ou d’une autre personne, là n’est pas le sujet, ce n’est pas mon rôle, je ne suis ni policier, ni juge ni rien, la justice doit faire son travail tout simplement… Il est important comme ce sujet sur le viol/les personnes violées qui parlent parfois 30 ans après même parfois jamais est d’actualité d’expliquer plein de choses, sur le droit en France, sur le mécanisme du viol, sur la libération de la parole et donner quelques éléments comme des chiffres officiels aussi. Bien sûr qu’une personne accusée par une ou plusieurs personne(s) a le droit de se défendre mais aussi bien évidemment qu’une personne qui se dit victime a le droit d’être entendue et pas jugée en permanence. Il doit aussi y avoir de vraies formations des personnes qui prennent les plaintes, de l’écoute et non du jugement car c’est aussi là que tout se joue souvent, comment voulez vous qu’une victime aille parler avec ses souffrances à une personne qui ne saura et ou ne voudra pas l’écouter. Bien sûr que la personne incriminée a le droit à se défendre et être entendue mais la présumée victime doit être écouter et entendue aussi sans jugement de valeur (ni sur plein d’autres critères sexistes, ethniques, religieux ou toute autre discrimination homophobe, validiste etc…).
Mais le sujet est l’acte de violer. Un violeur/une violeuse peut avoir toutes les femmes ou les hommes à ses pieds c’est pas pour cela qu’il ne peut pas être violeur et c’est ce que les gens ont du mal à comprendre.
Je vais faire un copié/collé d’un texte que j’avais écrit il y a une semaine pour que les gens comprennent bien la différence pour un violeur/une violeuse entre un acte sexuel consenti et un viol et je continuerai en rajoutant quelques trucs car c’est important et encore une fois je ne parle pas spécialement de Bruel mais des personnes qui violent et tant que la justice n’a pas condamné Bruel il est présumé innocent et ça je tiens à le souligner encore car pour moi on vit en France et la présomption d’innocence fait partie de notre système juridique et je souhaite qu’on ne l’oublie pas. Mais je veux aussi rajouter, qu’il ne faut pas ne pas entendre les plaignantes, on ne peut pas ignorer leurs mots et leur souffrance, la justice tranchera le vrai du faux j’espère et que cette fois elle écoutera vraiment TOUTES les parties en étant totalement impartiale.
Le viol n’est pas une question de désir sexuel non assouvi. C’est l’erreur d’interprétation la plus fréquente. Le viol est avant tout un acte de pouvoir et de domination, pas une frustration sexuelle. Cela explique pourquoi avoir « accès » à des partenaires consentantes ne change rien.
Ce que recherchent réellement ces agresseurs :
- La domination et le contrôle : Le fait que la victime ne veuille pas est précisément ce qui est recherché. La résistance, la peur, la soumission forcée procurent un sentiment de toute-puissance que le sexe consenti ne donne pas.
- L’humiliation comme fin en soi : Certains profils trouvent une satisfaction dans la dégradation de l’autre — pas dans le plaisir partagé.
- Le sentiment d’impunité : Les personnalités narcissiques (surreprésentées chez les célébrités) développent la conviction qu’ils sont au-dessus des règles. Violer devient une démonstration de cette impunité.
- L’excitation liée à l’interdit : Pour certains profils, le consentement « annule » l’excitation. La transgression est le moteur, pas la philosophie ou la sexualité en elle-même.
Le profil des « stars » en particulier : Les chercheurs comme Anna Salter ou Lundrigan ont documenté que le narcissisme pathologique et l’entitlement (sentiment d’avoir tous les droits) sont des facteurs centraux. L’entourage qui dit toujours oui renforce paradoxalement le besoin de trouver quelqu’un qui dit non, pour prouver qu’on peut le faire céder aussi.
Il y a aussi souvent une escalade : ce qui était suffisant ne l’est plus, et les comportements se radicalisent.
Si je veux résumer : Ces actes révèlent non pas un désir incontrôlable, mais une structure de personnalité où l’autre n’est pas perçu comme un sujet mais comme un objet sur lequel exercer un pouvoir. C’est pourquoi les privilèges ou le succès n’agissent pas comme un frein — ils peuvent même aggraver les choses en renforçant le sentiment d’impunité.
Et en ce qui concerne les personnes violées : le comportement durant le viol et après, sur le fait de parler à plus ou moins long terme ou parfois se taire à jamais.
Ce que fait l’amygdale pendant un viol : L’amygdale est le centre de détection du danger dans le cerveau. Face à une menace extrême, elle déclenche une réponse de survie automatique et inconsciente — le système nerveux prend le relais, sans que la volonté intervienne.
Il existe trois réponses possibles, pas deux :
- Fuite — fuir physiquement
- Combat — se démettre / se débattre
- Freeze (sidération) — se figer complètement
Le freeze est la réponse la plus fréquente lors d’un viol. Le cerveau, submergé, « se déconnecte » pour protéger la personne. C’est un mécanisme de survie archaïque, le même que celui d’un animal qui fait le mort face à un prédateur.
Concrètement cela peut donner : impossibilité de bouger, de crier, de parler, sensation d’être « hors de son corps » (dissociation), absence apparente de réaction. Ce n’est en aucun cas un consentement, ni une absence de refus. C’est de la biologie.
Pourquoi les victimes ne se débattent pas : Plusieurs raisons s’accumulent souvent :
- La sidération neurologique décrite ci-dessus.
- La peur d’aggraver la violence — le cerveau calcule inconsciemment que résister peut être plus dangereux.
- La dissociation — l’esprit « part ailleurs » pour se protéger du traumatisme en cours.
- Parfois un état de soumission involontaire lié à la terreur, similaire à ce qu’on observe chez des otages.
- Quand l’agresseur est connu (parent, ami, ou parfois une célébrité par exemple, ce qui est le cas dans la majorité des viols), la sidération relationnelle s’ajoute : la trahison est si incompréhensible que le cerveau ne « traite » pas la situation normalement.
Pourquoi les victimes parlent 1 an, 10 ans, 30 ans après — ou jamais : C’est l’une des choses les plus mal comprises du grand public. La mémoire traumatique n’est pas une mémoire normale. Elle n’est pas stockée de façon linéaire et narrative. Elle est fragmentée, sensorielle, parfois enkystée — et peut rester inaccessible ou insupportable à verbaliser pendant des années.
Les raisons du silence prolongé :
- La honte et la culpabilité intériorisées — « on ne me croira pas », « c’est ma faute », « j’aurais dû me débattre ».
- La dissociation post-traumatique — certaines victimes mettent des années à reconnaître elles-mêmes ce qui s’est passé comme un viol.
- La peur des conséquences — représailles, procès, exposition publique, destruction de la famille.
- Le déni protecteur — le psychisme « met sous clé » ce qui est insupportable à traiter.
- Quand l’agresseur est un proche, la loyauté conflictuelle peut paralyser pendant des décennies.
- Le manque de mots ou de cadre — certaines personnes n’ont pas eu les ressources pour nommer ce qu’elles ont vécu.
Ce qui déclenche la parole des années plus tard :
- Une thérapie, un espace sécurisé.
- Un événement déclencheur (une grossesse, une nouvelle agression dans l’actualité, la mort de l’agresseur).
- Le mouvement #MeToo a joué ce rôle pour énormément de personnes — entendre d’autres témoignages « donne la permission » de parler.
- Le sentiment que la prescription judiciaire approche et crée une urgence.
Pourquoi certaines ne parlent jamais : Le coût psychologique, social et parfois physique de la parole peut rester trop élevé toute une vie. Ce n’est pas un échec — c’est une stratégie de survie.
Ces mécanismes sont aujourd’hui bien documentés en neurosciences et en psychotraumatologie. Ils sont encore trop peu connus du grand public et — ce qui est grave — parfois ignorés dans les prétoires.
Donc au lieu de critiquer des personnes violées, essayez de comprendre que chaque humain réagit différemment. Si une personne violée parle 1, 10, 20 ou 30 ans plus tard, voire jamais, ce n’est pas parce qu’elle n’a pas parlé avant que ce n’est pas vrai. Ce n’est pas parce qu’elle parlera de tout un tas de détails 30 ans après alors que pendant des années son cerveau a fait « abstraction » de tout cela par protection que ce n’est pas vrai.
Pour en revenir à l’affaire Bruel, je répète je ne suis ni juge, ni policier ni rien du tout. En France on a ce qu’on appelle la présomption d’innocence et j’espère que s’il a commis ces actes dont 30 femmes qui témoignent (merci Fanny pour la justesse) (dont 9 plaintes à ce jour ce que j’ai trouvé sur les différents médias) il paiera (monsieur se vante d’avoir eu plus de 700 femmes déjà pour se vanter de ça, il aurait mieux fait de le garder pour lui, mais bon c’est un autre sujet il fait bien ce qu’il veut tant que c’est CONSENTI et surtout ça ne fait pas de lui un violeur d’avoir couché avec 700 femmes on ne peut pas le juger sur cela) comme une personne lambda mais je rappelle encore une fois qu’il est pour l’instant présumé innocent puisque pas jugé et tant qu’une personne n’est pas jugée elle est présumée innocente et je trouve que c’est important de le rappeler encore et encore..
Mais si Bruel (ou un autre hein) était aux États-Unis ça se passerait autrement, ça serait à lui et ses avocats de prouver son innocence, alors que là en France c’est à la victime de prouver que le violeur est un violeur et c’est double peine à mon sens.
Car je vais rappeler un chiffre terrifiant : 1% des violeurs sont condamnés car souvent manque de preuves, prescription ou même que les victimes n’arrivent pas à parler par peur d’être jugées ou de se lancer dans une bataille judiciaire longue et douloureuse.
Encore une fois je n’incrimine personne, chacun est libre de faire ses choix avec ce qu’on a comme éléments, avec sa conscience aussi, chacun est libre aussi de continuer à l’écoute ou non.
Sur ce je vous souhaite une bonne fin de semaine, ça fait plusieurs semaines que je souhaitais écrire un truc sur le viol en général et pas sur l’affaire Bruel en particulier mais le sujet s’y prête… (je trouvais que c’était important de parler du mécanisme du violeur et du mécanisme de la victime).
Il y a une chose formidable en France : on fait passer les victimes souvent pour des coupables (coupable de vouloir détruire une famille, coupable de vouloir briser la vie d’une star… etc. pauvres petits choux) et les coupables on les fait passer pour de pauvres victimes (« on a brisé ma vie, ma carrière professionnelle, ma famille et encore tout un tas de trucs… euh ta gueule en fait, tu n’avais pas qu’à commettre cet/ces acte(s) ignobles). C’est vraiment le monde à l’envers! J’espère que ce texte fera réfléchir certaines personnes qui jugent les victimes de parler 30 ans après, j’espère aussi que ce texte fera réfléchir sur la différence entre un acte consenti (même si on est un tombeur/ une tombeuse/ un séducteur ou séductrice appelez ça comme vous voulez) et un acte non consenti autrement dit un viol. J’aimerais aussi que ça fasse réfléchir sur le faible taux de condamnation des personnes qui violent (je dis personnes qui violent car oui il y a aussi des femmes qui violent, même si selon les données en France ce sont entre 95 et 99% des hommes qui violent mais il y a des femmes aussi).
Une dernière chose, si une personne vous parle, vous dit qu’elle a été violée au lieu d’aller dans le jugement, prenez cette confidence comme une immense confiance que cette personne meurtrie a en vous car ce n’est jamais facile de libérer sa parole et encore moins d’avouer ce genre de choses et de montrer ses blessures les plus profondes.
Rappel salutaire !
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